“…Au cœur de l’atelier trône un poêle à charbon, diffusant une chaleur réconfortante durant les mois de froideur et renforçant l’atmosphère intime et chaleureuse qui règne dans cet espace créatif. Des étagères poussiéreuses prennent place le long des murs, abritant une collection éclectique de plâtres représentant toutes les périodes de l’histoire de l’art. Chaque plâtre est une fenêtre vers un autre temps, un autre mouvement artistique, nous rappelant l’importance de comprendre et de s’inspirer des maîtres qui nous ont précédés. C’est le jeudi après-midi et le samedi matin que je me rends à cet atelier, accompagné de mon fidèle carton à dessin et de ma boîte à crayons remplie de sanguines et de fusains. À chaque séance, je m’installe à ma place habituelle, prêt à me plonger dans mon travail. L’ambiance calme et concentrée m’enveloppe, tandis que les murmures des autres artistes s’échangent doucement. On s’installe de part et d’autre face à des chevalets de bois en demi-cercle, devant un ensemble d’objets placés au centre d’une table, drapée d’un drap blanc. Il y a des élèves de tout age, je dois être le plus jeune. La pratique qui paraît rébarbative, favorise la vision tridimensionnelle m’explique le professeur, entre l’œil, le sujet et le papier. Je dois mémoriser ce que je vois, et retransmettre cette impression visuelle sur le papier, puis retourner au sujet, pour vérifier si ce que j’ai dessiné est bien ce qui est là devant moi. Je prends de plus en plus d’assurance dans mes croquis, repoussant mes limites, à explorer de nouvelles techniques et les progrès sont visibles. Aujourd’hui, un changement radical de sujet à traiter. Sur une petite estrade, une femme d’un âge avancé est assise, complètement dénudée aux courbes plus qu’avantageuses. Son visage fatigué est excessivement maquillé, laissant transparaître une profonde lassitude. On me murmure à l’oreille :
— C’est une prostituée du quartier.
Cette révélation me surprend, ajoutant une atmosphère de mystère. La femme reste immobile, mais ses yeux, soulignés d’un lourd trait de mascara, scrutent la classe avec intensité. Son regard se pose finalement sur moi, et me toise pendant un long moment. Elle éveille en moi un mélange de curiosité et d’inconfort, son regard semble révéler bien plus que de la lassitude, peut-être une histoire de vie marquée par des épreuves et des choix difficiles. Je me plonge dans ce défi artistique que représente les renflements de ses rondeurs rubenesques lourdes et charnues. Je choisis d’exagérer les traits de ces protubérances, donnant vie à ses bourrelets d’amours épisodiques qui débordent d’une lascivité vulgaire…”
Extrait LEGACY
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