Égout Bon Marché

“… “…Mais qu’est-ce qui se passe ?… Où suis-je ?… Ces questions tournent en boucle dans ma tête, lourdes, oppressantes, tandis que mes yeux mi-clos peinent à percer l’obscurité qui m’entoure. Chaque battement de paupières est une lutte, un effort désespéré pour m’arracher à cet état léthargique qui m’emprisonne. Je respire profondément, un souffle tremblant, espérant que cet instant ne soit qu’un cauchemar dont je vais enfin émerger. Mais rien ne vient, une douleur lancinante m’envahit le crâne, comme si un marteau tambourinait à l’intérieur. Allongé à plat ventre, j’observe mon environnement lugubre : un conduit sombre et glauque où coule une rigole nauséabonde. Les murs sont recouverts de moisissures et suintent d'humidité, créant une atmosphère oppressante et étouffante. L'odeur putride envahit mes narines, mélange de moisissure et de décomposition, me donnant la nausée à chaque respiration. Au-dessus de moi, un trou béant laisse filtrer une lueur blafarde qui m’agresse les yeux. Je tourne la tête avec difficulté, clignant d’un œil pour tenter de m’adapter à cette lumière soudaine et éblouissante. Je tente de me redresser, mais mes membres sont engourdis et douloureux, comme si le poids de la nuit pesait encore sur eux. Chaque mouvement est une lutte, chaque effort pour me lever est une bataille contre la léthargie et la douleur. Je prends une grande inspiration, malgré l'odeur insupportable, et rassemble le peu de forces qu'il me reste pour me mettre sur mes genoux. Le froid me pénètre jusqu'aux os, ajoutant une couche d’effroi à cette situation déjà désespérée. Je me demande comment j'ai pu finir ici, dans cet endroit sinistre et oublié du monde. Je balaie l'obscurité du regard, cherchant désespérément une sortie, un signe de salut. Tandis que je tente de rassembler mes forces pour me redresser par la seule force de mes bras. La réalité m'assaille soudainement : j’ai échoué dans une canalisation, dont les murs du conduit semblent se resserrer autour de moi, comme s'ils voulaient me retenir dans cette prison de ténèbres. Rassemblant tout mon courage, je commence à ramper lentement vers l’échelle à portée de main pour m’extirper de cette bouche d’égout, laissée ouverte en raison de travaux en cours. Chaque mouvement amplifie la douleur dans ma tête, la léthargie laisse peu à peu place à une détermination farouche. Je me hisse avec une détermination renouvelée, me rapproche de la lumière, et avec elle, la promesse de retrouver la surface et l'air frais. La pluie, fine et persistante, effleure ma peau, ses gouttelettes glissant sur mon visage comme une caresse moqueuse. L’air est lourd, chargé d’humidité, et le silence, brisé par quelques bruits lointains, semble vouloir m’écraser.

À l’extérieur, la lumière du jour commence à poindre, éclairant à peine un square désert situé en face du ‘’Bon Marché’’. Je réalise que je me tiens au pied de la station de métro qui vient d'ouvrir, reconnaissable au bruit insupportable de l'ouverture des grilles. Je m'inspecte minutieusement, vérifiant que je n'ai aucune blessure apparente, mis à part cette tête endolorie qui résonne en moi. Que s’est-il passé ? Mon esprit, embrouillé, cherche désespérément des fragments de réponses, mais tout se dérobe autour de moi, tout semble flou, indistinct. Les contours des choses vacillent, comme si le monde entier dansait au bord du chaos. Je tente de bouger, mais mon corps semble peser une tonne, ancré dans une inertie contre laquelle ma volonté se brise. L’air humide me mord la peau, et ma tenue, souillée par la pluie et les rebuts de cette nuit chaotique, m’embarrasse à peine…” 


Extrait LEGACY

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