En poussant la lourde porte du fais-dodo, on prend une
claque de chaleur, d’odeur de bière renversée, de cuisine à l’étouffé et
de sueur joyeuse. Le plancher de danse est noir de monde. Ça tourne, ça
piétine, ça swingue au son d'un accordéon diatonique endiablé et d'un
violon cadien qui pleure et qui rit en même temps. Les couples
tourbillonnent dans un two-step effréné, les pieds frappant le
bois en cadence. Nos copains ne perdent pas une seconde. Ils attrapent
des bouteilles de bière bien fraîches au comptoir et nous poussent vers
le bord de la piste. Le français cajun fuse de partout, plus fort que la
musique. Les regards s'échangent, les sourires sont francs. Rapidement,
dans le tourbillon de la fête, nous croisons les yeux d'une jolie brune
au rire sonore, les joues rougies par la danse, qui nous observe un peu
plus loin. L'un de nos guides s'en aperçoit, nous pousse du coude et
lance dans un grand éclat de rire : « Regarde-moi ça, elle a les yeux
qui pétillent pour toi ! Va lui parler, lâche pas la patate ! Ce soir,
c’est sûr, y va y avoir de la friture sur la ligne et une sacrée partie
de jambes en l'air avant que le soleil se lève ! » C'est le moment ou jamais.
On se lève simultanément Jim et moi, et dans mon Français encore hésitant, je lui lance :
—
Tu veux danser avec nous ? Viens nous montrer comment on fait !Et
l'invitons sur la piste. Elle lâche un grand rire, flattée et amusée par
notre audace, nous entraine sur la piste. Au début, Jim et moi sommes
un peu gauches, cherchant le pas sur cette musique acadienne ultra-rapide
qui nous change du rock 'n' roll. Mais elle nous guide avec une énergie
folle, attrapant chacun par le bras, me faisant tourner le moment
d'après, tout en criant pour couvrir le son des instruments. Les autres
couples autour de nous s'écartent, s'amusant de voir ces deux jeunes
étrangers se démener pour suivre le tempo, syncopé, sauvage et lourd. Ce
n'est plus seulement de la musique traditionnelle, nous dansons
désormais au son du zydeco ! Un son électrique, bluesy, né ici-même dans
les campagnes de Louisiane, qui nous transperce la poitrine et nous
colle les chemises au corps.
— Écoute le frottoir !.. Secoue-toi le canard, mon garçon !



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